CRéCET
Le monde du port

Atmosphère exotique

Monde du port Bureau de l'agence Worms, consignataire de Cherbourg
Si ce n'est une petite perruche verte domestique, retrouvée perdue sur le quai et désormais promue au rang « d'assistante » d'agent maritime, il est assez rare de découvrir des animaux exotiques sur les quais. Ce type de rencontre est par contre monnaie courante pour les dockers qui travaillent dans les cales. C'est le transport de bois qui s'accompagne le plus souvent d'échantillons de faune exotique. Le fond des cales est presque systématiquement envahi par des rats ou une variété de grosses souris. Parfois, les dockers tombent nez à nez avec des serpents ou scorpions quelque peu engourdis par le froid normand. Le rythme de travail soutenu des dockers leur permet heureusement de réagir plus rapidement que l'animal. Mais les piqûres de moustiques ou les morsures de rats sont particulièrement redoutées en raison de maladies qu'elles peuvent inoculer. Les consignataires et pilotes ainsi que les dockers doivent théoriquement être à jour de leurs vaccinations contre la fièvre jaune, le choléra,... tout comme s'ils voyageaient.
 
L'un des trafics les plus spécifiques du port de Caen est l'importation de grumes de bois exotiques. Qu'ils aient vu le chargement de ces bois sur les côtes africaines ou qu'ils n'en aient perçu le procédé que par le biais de documentaires, les acteurs du port travaillant au contact des grumes ont régulièrement à l'esprit ces hommes que l'on appelle des krouman. Ces Africains - participant au chargement des troncs sur les cargos et travaillant nu-pieds, en équilibre sur les grumes flottant à la surface de l'eau — ont peut être aujourd'hui disparu des ports africains, mais restent très présents dans les représentations collectives des acteurs du port de Caen.
 
Le bois arrive sous forme de grumes, de billes, d'avivés, ou encore manufacturé. Les grumes stockées sur le quai nous confrontent à des dimensions sans référents en Europe. Nos plus gros troncs de chênes paraîtraient en effet minuscules au milieu de ces troncs exotiques. Ils viennent d'Afrique (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée-Équatoriale) et du Brésil. Thoiry, Masaranduba, Azobé, Kotibe, Kevazingo, Movingui, Ipé, Sapélie, Sipo, Coumarou, Ayous, Iroko, Lippé, Niangou, Oukoumé et autres essences exotiques agrémentent le jargon professionnel des manutentionnaires, mais surtout diffusent leurs parfums sur les quais. L'odeur dégagée n'est pas toujours très agréable. Les « piquets à moules » qui serviront pour les moules de bouchot exhalent des relents proches de l'odeur de chaussette sale ! Si l'on connaît cette odeur, on peut parfois l'identifier à quelques centaines de mètres du quai, selon les vents. Les autres essences reçoivent un accueil plus contrasté. Les dockers apprécient l'odeur des grumes sur le quai, mais ils en connaissent aussi les émanations putrides qui s'échappent de la cale lorsque, à l'ouverture de celle-ci, après avoir traversé les mers, l'humidité des bois s'échappe enfin de la cale. Les dockers connaissent aussi les odeurs de fond de cales lorsque les écorces en décomposition se mêlent à la boue. Par contre, les effluves de ces grumes évoquent aux anciens navigants du long cours que sont les pilotes, lamaneurs et équipages des remorqueurs, des parfums d'Afrique... et d'agréables souvenirs de destinations exotiques.