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Le monde du port

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Monde du port Pareur et grutier, Caen-Ouistreham
Dans le cadre des opérations de manutention les grutiers, caliers, pareurs et décrocheurs travaillent en équipe et complètent leurs points de vue spatiaux.
 
 
Ce travail en équipe génère, tout comme pour les navigants, un langage qui lui est propre. Le grutier manie des termes différents de ceux qui sont utilisés par les ouvriers du bâtiment, certains termes sont également spécifiques à un port. Dockers, pareur et grutiers se réfèrent en permanence à des codes de langage qui ne pourraient pas être compris d'un nouvel arrivant.

Ainsi à Caen on demande au grutier de virer « petit » pour une manœuvre douce. Chaque mot s'accompagne d'un geste précis. Certains gestes cependant sont effectués sans autre commentaire. Les indications de direction par exemple, ne sont pas verbalisées. Le pareur demande au grutier d'orienter et désigne la direction avec son bras. Il s'agit là de la méthode la plus efficace et la moins sujette à erreurs dans la mesure où aucun des acteurs n'userait des mêmes repères pour s'orienter. La droite du grutier par exemple ne correspond à rien pour le docker qui ne le voit même pas. Il arrive aussi fréquemment que l'ordre de « mollir » soit exprimé uniquement par un geste.
 
Les grues de Cherbourg sont plus hautes et isolées d'un point de vue acoustique que celles de Caen. Dockers et grutiers ont pris l'habitude d'échanger par VHF. Il en résulte une atmosphère beaucoup plus feutrée qu'à Caen. Là où à Caen le « pareur » accompagne ses gestes d'indications exprimées suffisamment fortes afin de pouvoir être entendues directement du grutier, à Cherbourg, le « signaleur » chuchote dans sa VHF en la protégeant du vent à l'aide de ses mains jointes.
Quel que soit l'aspect technique de cette communication entre grutiers et manutentionnaires, seule une personne dont les compétences spécifiques pour ce poste auront été reconnues pourra occuper cette fonction. À Caen comme à Cherbourg, certains dockers se sont spécialisés pour devenir pareurs selon la terminologie caennaise ou signaleur selon la terminologie cherbourgeoise.
 
Même si les gestes du pareur et des dockers sont codifiés, il reste cependant à chacun une part de style que le grutier se doit de « décoder ». Les grutiers ont leur style, les dockers aussi. Se connaître les uns les autres facilite la tâche en permettant d'anticiper quelque peu les manœuvres et de les réaliser dans des conditions les moins stressantes possibles. Mollir, pour un grutier peut provoquer une véritable inquiétude : il doit descendre un crochet qu'il ne voit pas, mais qui aurait le pouvoir d'écraser une main. La confiance réciproque constitue la condition de la réalisation de ces opérations délicates pour tous. Le docker remet sa vie dans les mains du grutier, mais aussi dans celles du pareur. Le grutier et le pareur portent le poids de cette confiance.