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Cargos et paquebots

 

Éprouver le port, ses navires et ses hommes

pilotage
Port de Caen, pilote et remorqueur lors d'un évitage dans la zone d'évitage d'Hérouville Voir la carte
La prise de remorque avant constitue une manœuvre particulièrement délicate. Pendant les quelques minutes durant lesquelles le remorqueur de l'avant se présente à la proue du cargo, il devient particulièrement vulnérable. La vie même de son équipage se joue alors. Le remorqueur qui pourtant paraît si puissant peut à ce moment précis ne représenter qu'un petit obstacle sur la route du cargo. En quelques secondes cette situation pourrait devenir dramatique pour le remorqueur. Le pilote ne voit pas le remorqueur à ce moment-là, mais il l'entend. Il entend le régime de sa machine. Les instruments de navigation du cargo ne représentent pas pour le pilote le référent essentiel. Le pilote prête avant tout une oreille attentive au régime moteur du remorqueur avant. S'il lui semble que celui-ci peine à remonter au nez du cargo, le pilote va alors ralentir. De même, pour régler la vitesse d'évolution du cargo, le pilote ne se fie pas aux allures machines annoncées - puisque les effets de celles-ci différent selon les navires - mais à ses propres repères visuels, tant il est vrai qu'il connaît le port mieux que personne.
Lors de la première prise de contact du pilote avec les remorqueurs, c'est souvent le capitaine lui-même qui répond, puisqu'il n'est pas encore en manœuvre. Cette première prise de contact permet bien souvent, sans que cela soit explicitement signifié, que les personnes qui vont devoir manœuvrer ensemble s'identifient. Les équipages des remorqueurs peuvent alors se représenter les modalités de la manœuvre qui va suivre, voire en déduire la vitesse choisie par le pilote ! Le pilote tient également compte des capitaines de remorqueurs de service. Car si chaque pilote a son « style », ceci vaut aussi pour les capitaines de remorqueurs. Si à première vue ils exécutent les ordres du pilote, ces capitaines, selon leurs expériences antérieures et leur expérience particulière du port, s'avèrent plus ou moins susceptibles d'anticiper la manœuvre conduite par le pilote.
Le pilotage et le remorquage sont des métiers qui requièrent des compétences pointues liées à un port particulier. Les instruments de navigation des cargos, si fiables soient-ils, ne peuvent en aucun cas se substituer à l'expérience des marins portuaires. La marge d'erreur du gyrocompas, considérée comme dérisoire au large, le rend totalement inutile pour évoluer dans un espace aussi restreint que celui du port. Les compétences des navigants, capables d'analyser une situation en faisant appel à l'observation directe et non par le truchement d'instruments de navigation, s'acquièrent exclusivement par la pratique. Pour ces métiers, rien ne remplace l'expérience, expérience des lieux, des navires et des hommes.